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  • Dominique Hoeltgen

Vers un monde différent

23 novembre 2020

Las ! Les écoles à Mumbai resteront fermées jusqu’au 31 décembre 2020. Rideau tiré également pour le centre de jour et la maternelle de Gift. Les autorités du Maharashtra avaient fixé une date de réouverture au 23 novembre, mais devant une courbe de Covid qui ne s’infléchit pas assez, la décision a été modifiée.



La sentence est tombée juste après les fêtes de Diwali. Bien sûr, on avait demandé d’éviter les rassemblements, mais comment se boucler chez soi quand il convient d’aller se prosterner devant les dieux qui assureront un meilleur avenir, quand il est d’usage de faire le grand ménage de la maison pour un meilleur départ, quand la nouvelle année se fête par une suite de célébrations que chacun se doit de suivre s’il veut bénéficier des protections divines. Comment se fermer dans son appartement ou dans sa hutte, quand scintillent les bougies partout disposées, quand les feux d’artifice, pourtant interdits, résonnent au loin. Comment ne pas aller saluer les voisins, les amis, la famille, les parents, les grands-parents, les cousins, les tantes, les oncles, les collègues, pour leur offrir quelques barfis, un délice d’amande et de sucre. Alors durant ces jours festifs de Diwali, les habitants de Mumbai, de Delhi et des grandes villes se sont pressés dans les marchés. Se croisant masqués parfois. Se frôlant toujours trop près. Et pendant ce temps, sous les regards des dieux qui veillent, le coronavirus se répand.


Après la fête, un couvre-feu a été rétabli partiellement à Mumbai. Des policiers en civil sillonnent les rues pour attraper ceux qui errent sans autorisation. L’amende infligée est de quelque 200 roupies (2,20 Euros), une bagatelle direz-vous ! Pas pour la mère qui avec cette somme nourrit sa famille. « Les prix ont beaucoup augmenté depuis le confinement. Aujourd’hui ces 200 roupies permettent d’acheter deux kilos d’oignons seulement, » indique une femme qui cherche comment faire pour sortir de la pauvreté qu’elle a toujours tenté de repousser. Il y a un temps, elle a adhéré au programme gouvernemental pour bénéficier de bombonnes de gaz, contre une petite somme. Puis elle a adhéré au programme permettant aux femmes d’avoir un compte en banque à elles. Mais elle n’a jamais réussi à y placer un sou. Pour elle, pour ses voisines, la pauvreté revient à toute allure.


Et Diwali 2020 restera dans les mémoires comme une date spéciale, une fête sans fête. Gift n’a pas rassemblé ses protégées et parrainées pour chanter, danser et festoyer, comme les années précédentes. Mais chacune d’entre elles est venue au day care center, en un défilé sans attroupement, pour recevoir des mains de Sharda ou de Nikita, une petite enveloppe leur permettant de s’offrir la tenue festive qui durera toute l’année, ou la paire de chaussures indispensable.


Les cours ont repris en ligne. Shamshad et Aasha, faute de pouvoir enseigner l’alphabet ou des chansons à leurs petites de maternelle, font le tour régulièrement du bidonville de Jamrsuhi Nagar pour s’assurer que chacune va bien et leur fournir quelque dessin à compléter seules, accroupies sur le sol terreux de leur hutte, entre un réchaud de cuisine et les boites en métal de riz, lentilles et oignons parfois.

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