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  • Dominique Hoeltgen

Comment vivent-elles le confinement ? Nos grandes filles parlent.


16 juin 2020

Les protégées de Gift nous ont livré la manière dont elles vivent cette situation de coronavirus, confinement, détresse et inconnu. Malad et Kurare Village, le quartier où se situe le centre de jour (DCC), sont actuellement en zone rouge, et donc inaccessibles. Les rues sont closes par des barrières jaunes, surveillées par des policiers armés de bâton.

De quoi désarçonner les plus solides de nos grandes filles déjà ébranlées par trois mois de confinement, par le virus qui circule toujours, par la maladie qui s’étend autour d’elles…

Pratiksha qui vit avec sa famille sous une hutte de plastique bleue, confirme : « ma sœur qui est infirmière a été infectée par le coronavirus. Son premier test médical était positif, mais après traitement, le second test est devenu négatif. Affaiblie, elle est toujours en repos à la maison. Mon père, chauffeur a aussi perdu tout revenu. » Mais Pratiksha garde espoir, et arbore son tee-shirt « Make things happen girl », signe que le changement arrivera grâce aux filles.

La maladie des proches fait des ravages, comme le dit Neha, 19 ans et étudiante en art : « Mon père a attrapé une sorte d’infection, avec enflures et plaques rouges. Avec la menace du virus, il n’y avait pas de docteur disponible. J’ai contacté autant de cliniques que j’ai pu. A mon soulagement, un médecin a accepté de le recevoir. Cela a été une des expériences les plus terrifiantes de ma vie. Je ne la souhaite à personne. » Neha vit chez sa tante à Mumbai, à une heure de train de chez ses parents qui sont à la campagne. Ancienne sponsorisée de Gift, elle aide souvent au sein de l’association. Et compte bien finir son cursus universitaire en se spécialisant en littérature et sciences politiques.

Devant l’entrée de sa maison doublée de bâche plastique noire et de bandeaux publicitaires plastifiés, détournés de leur destination première, Priyanka, 19 ans, précise qu’elle a toujours peur de ne plus avoir d’électricité, dans leur habitation dont les propriétaires réclament sans arrêt des loyers que nul dans la famille ne sait payer, depuis que plus personne ne peut travailler. Pour finir sa licence spécialité banque et assurance, il lui faut quelques lumières.


Les mêmes problèmes se reproduisent chez Priya 2, 17 ans et en 12ème grade (fin du cursus du lycée). Un père sans travail, aucune roupie pour manger, acheter des médicaments, le riz et les lentilles de base. « La vie devient stressante » confie Asmita, 16 ans, qui subit la même chose. « J’ai peur que la pluie traverse dans notre maison, » dit Aarti 2, comme si soudain la pluie toujours attendue, devenait le plus grand fléau de la terre. Ce ne sera que la goutte d’eau qui fait déborder les esprits des jeunes filles perturbées par une situation trop difficile. Une immense inquiétude emplit nos protégées, inquiétude du quotidien et du lendemain. Elles ont pourtant un avenir, que leur assurera leurs études financées par Gift, Utab et tous les parrains, marraines, sponsors et généreux donateurs.

Malgré les difficultés, l’espoir demeure. Ainsi Monali, 19 ans, étudiante en deuxième année de licence de commerce, a découvert « un nouvel aspect de Mumbai, jamais vu auparavant. Des routes vides, de longues queues de gens suivant les règles et portant des masques et respectant les distances, c’est une toute autre image du Mumbai d’avant le virus. J’ai essayé d’apprendre des nouvelles choses, découvert des lectures, cuisiné. Mais mes amis me manquent. »


Bharti aussi remarque les points positifs du confinement. En stage professionnel dans un grand hôtel de Mumbai, son stage a été interrompu, les examens suspendus, mais elle constate autour d’elle une compréhension nouvelle de l’importance de la discipline, de la propreté, du temps. « La pollution a beaucoup diminué, poursuit-elle. Nous sommes forcés de penser autrement, et d’agir différemment. »

Juhi a de son côté apprécié le temps passé avec sa famille… alors qu’avant le confinement, elle courait sans arrêt entre ses études et son stage également dans un hôtel. « Je suis inquiète au sujet de mes examens qui ont été repoussés à une date non confirmée. Mon diplôme me permettra de trouver un bon travail, aussi vite que possible. »

A ce jour, les dates des examens et des reprises scolaires sont inconnues. Faudra-t-il attendre septembre, pour la rentrée qui s’effectue normalement début juillet ? La courbe de la pandémie semble grimper encore. La reprise de la vie normale devra attendre. Pour distribuer d’indispensables rations alimentaires, Sharda doit déployer toute son ingéniosité.

Que de projets bouleversés, dans un pays où il n’existe aucune aide pour les étudiants. Dans un pays où le chômage et les filets de sécurité sociaux n’ont pas encore été inventés. Dans un pays où la sécurité sociale et le remboursement des médicaments ou des hospitalisations ne sont pas encore institutionnalisés. Dans un pays où plus de 90% de la force de travail de l’Inde est dans le secteur informel, aujourd’hui confiné !


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